ESCALIER ROULANT

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Quelle destinée pour l’escalier roulant du Havre ?

Marie-Ange MARAINE

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Publié 01/03/2018

Un « chef-d’œuvre de l’histoire ». Voilà comment Édouard Herriot a salué l’ouverture de l’escalier mécanique de Montmorency au Havre. Le plus long d’Europe. C’était en 1928. C’était il y a 90 ans. Et le vieil escalier roulant, que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, reste encore et toujours accroché au cœur des Havrais.

Pas une année sans qu’un habitant ou un collectif du Havre ne demande sa réouverture. Mais la réponse, depuis trente ans, demeure la même : « Trop cher ! » Les stations restent donc obstinément fermées, sorte de cabanons qui étonnent les visiteurs non avertis. Les vitres du couloir sont toujours condamnées et l’entrée du tunnel jonchée de détritus. À l’intérieur, le temps, l’humidité, les squatteurs et l’abandon ont fait leur œuvre. Les marches en bois, qui ont transporté des centaines de milliers de Havrais, sont éventrées. La rouille a rongé les parois métalliques. Une ouverture, même pour jeter un simple coup d’œil, est impossible. Trop dangereux !

Ce n’est pas faute d’avoir étudié la chose à de nombreuses reprises. Sous Duroméa tout d’abord. Puis sous Rufenacht qui en avait fait une promesse de campagne avant de s’incliner devant la tâche. À l’époque, Jean-François Masse, adjoint chargé des Bâtiments communaux et de l’Énergie, expliquait que « de 2007 à 2009, la Ville a fait faire une étude très poussée pour remettre en état l’escalier roulant. Elle n’a pas abouti pour plusieurs raisons. Un : ça coûtait horriblement cher. Deux, et c’est sûrement le plus important : si c’était en service, ça ne répondrait pas aux normes de sécurité actuelles. Et enfin est-ce que ça aurait été rentable ? » Avec un coût de 9 M€ ? Pas sûr en effet.

Animations et musique

Puisque le mécanisme du vieil édifice est classé aux Monuments historiques, il a aussi été envisagé une remise en état sans fonctionnement, dans un but purement muséal. « Mais là encore, cela aurait coûté 5 M€», précise Laëtitia de Saint-Nicolas, adjointe au maire du Havre en charge du quartier. L’élue reconnaît cependant qu’aucune étude n’a été faite sur le nombre d’usagers qui pourraient aujourd’hui emprunter cet équipement. « Nous sommes désolés et tristes de ne pouvoir envisager une autre vie pour ce mécanisme unique en Europe. Il n’en reste plus que trois dans le monde et l’un des derniers modèles est au Havre. Le démonter pour le mettre dans un musée serait une idée », ajoute-t-elle.

C’est donc un étrange anniversaire qui se profile pour l’escalier emblématique du Havre. Bien sûr, en mai, la Maison du Patrimoine l’évoquera dans ses visites du quartier Sainte-Cécile sur le thème « Le Havre des années folles ». Bien sûr, la Ville a lancé un appel à projets pour organiser animations et concerts pour mettre en valeur, en septembre prochain, ces « 300 marches » comme les appellent les Havrais.

Bientôt 90 ans… et un centenaire qui semble improbable. L’escalier risque bien, à terme, de plonger dans l’oubli comme ses marches plongent à pic de Sainte-Cécile à Montmorency. Quelques Havrais « amoureux » de l’escalier mécanique, refusent cependant de perdre la foi et se posent en derniers défenseurs, espérant toujours.

En bref et en histoire

-27 mai 1928, inauguration de l’escalier mécanique de Montmorency. Il n’en existe que deux au monde.
-170 m de longueur pour 48,8 m de dénivelé. Il est le plus grand de France.
-538 marches qui mesurent 0,96 m de profondeur pour 1,06 m de largueur. Elles peuvent accueillir deux personnes, des bicyclettes ou landaus.
-1 million de francs a été dépensé pour la construction.
-4 minutes et 15 secondes c’est le temps de trajet pour passer de la ville haute à la ville basse.
-22 salariés étaient en poste à la grande époque de l’escalier.
-6 000 passagers par jour étaient prévus à l’origine.
-En 1974, il transporte 175 000 personnes sur l’année.
-En 1983, ils ne sont plus que 79 000. L’année de sa fermeture, seuls 240 usagers l’empruntaient en moyenne chaque jour.
-0,50 cts, c’est le coût de la montée en 1977. La descente était gratuite.
-Monument Le 8 juin 1984, son mécanisme est classé aux Monuments historiques.
-Avarie Le 14 septembre 1984, une panne de défaillance du système de retournement des marches provoque son arrêt qui sera définitif.
-700 000,00 F auraient été nécessaires pour sa remise en état en 1984.
-15 M€ En 2010, une nouvelle étude montre qu’il faudrait 15 M€ pour sa remise en marche.

UNE AMICALE POUR LES FANS

« Nous vivions à Sainte-Cécile et j’ai très souvent pris cet escalier roulant dans les années 70 pour descendre en ville. Le plus impressionnant, c’était la descente. De mon point de vue d’enfant, c’était même un peu effrayant ce trou noir peu éclairé. Je me souviens des odeurs de bois et d’humidité. Le bruit de la machinerie aussi est resté gravé. » Christian Beuzit vit aujourd’hui à Graville. « Chaque fois que je passe devant, je me désole de voir ces portes closes. Je comprends que la remise en état et en route soit impossible pour une question de coût, mais ne serait-il pas envisageable d’ouvrir uniquement la gare du bas au public dans le cadre des Journées du Patrimoine ? » ajoute-t-il.
Alors le Havrais s’est rapproché de la mairie qui a fait faire des devis pour sécuriser le site afin d’accueillir le public qui pourrait alors voir l’intérieur de l’escalier roulant derrière une vitre. Au moins six mois de travaux seraient nécessaires. Ce projet ne pourra donc pas être mis en œuvre lors des prochaines Journées du Patrimoine en septembre prochain. « La question qui se pose, c’est combien de personnes seraient intéressées par cette visite ? » se demande Christian Beuzit. Il est bien décidé à fédérer les amoureux de l’escalier roulant au sein d’une amicale afin de peser sur les pouvoirs publics pour ouvrir en partie la structure mais aussi solliciter du mécénat d’entreprise autour de ce projet. Il souhaite aussi rassembler un maximum de documentation et de témoignages sur cet escalier si particulier.
Les personnes intéressées peuvent prendre contact avec lui via
beuzchrs@gmail.com

Une mise en couleur des marches

Mettre en lumière les « 300 marches ». Depuis longtemps Miguel Do Amaral Coutinho a pour ambition d’embellir l’escalier qui relie la ville basse à Sainte-Cécile.
L’artiste qui a mené le projet de fresque sur la friche de Danton et qui fait partie du collectif des Amarts (qui transforme les boutiques vides du Havre en galeries d’art éphémères) s’est intéressé de près à ce monument si cher aux Havrais.
« Puisqu’il n’est pas envisageable de rouvrir l’escalier roulant, pourquoi ne pas embellir ses extérieurs », a-t-il proposé. Chaque année, la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) lance un appel à projets sur le thème « c’est mon patrimoine ». Il vise à intervenir et valoriser, via une action pédagogique, le patrimoine de la ville. La municipalité du Havre est porteuse du projet. Miguel Do Amaral Coutinho a proposé une action en partenariat avec le centre de loisirs Massillon. Aidé des jeunes de 7 à 12 ans, il travaillera chaque mercredi dès septembre prochain et durant les vacances de la Toussaint à peindre les marches.
« J’avais envisagé de créer un visuel en anamorphose qui serait visible depuis la ville basse, mais ce sera trop compliqué pour les enfants, surtout en si peu de temps. Nous allons voir avec eux pour mettre en place un dégradé de couleurs ou un motif en décalage. Un peu comme le dessin au numéro. Ce sont les contremarches qui seront peintes et nous comptons bien mobiliser aussi les habitants », indique l’artiste qui veut faire simple et coloré.
La Drac a d’ores et déjà donné son accord de principe sur le fond. Reste à connaître les modalités financières qui seront accordées à ce projet. « Je compte aussi faire appel à du mécénat d’entreprise pour la fourniture ou l’achat de peinture parce qu’il va en falloir beaucoup », sourit Miguel Do Amaral Coutinho.
Les marches de l’escalier aérien vont donc bénéficier d’un traitement de rajeunissement. Mais qu’en est-il de la structure même de l’escalier roulant ? « Je vais étudier avec la mairie la possibilité de refaire la station basse de l’équipement dans le cadre d’un travail annexe à ce projet », explique-t-il en reconnaissant que l’ancienne gare fait, elle aussi, grise mine. Pour le moment, le bâtiment n’a qu’un dessin de Jace, l’artiste de street art, qui semble un peu seul. De la même façon, Miguel Do Amaral Coutinho, imagine qu’il serait intéressant de mettre en place une signalétique sur la station haute de l’escalier roulant.
L’équipement est donc l’objet de nombreuses réflexions qui prouvent que, loin d’être oubliée, la structure vieille de 90 ans est toujours au cœur de la ville et des Havrais.
 Marie-Ange MARAINE

Un second article …

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