SINISTRES

LHI_336_Ministre_Reconstruction_

Le Havre Infos N° 336

Un constat : en 1944, la conception de l’habitat d’urgence dans notre pays n’était pas développée aussi les sinistrés se retrouvent donc dans les baraques en planches importées par le Ministère de la reconstruction et de l’urbanisme (M.R.U.). Les sinistrés sont contraints de vivre dans le strict minimum. Il faut souvent se contenter de solutions précaires en attendant la reconstruction définitive. Ce temps d’attente dure en moyenne dix à quinze ans, parfois beaucoup plus longtemps… Aujourd’hui encore, d’importantes traces subsistent dans l’agglomération havraise et offrent un étonnant échantillon d’exemples internationaux : baraques françaises, chalets suédois, finlandais, autrichiens, canadiens, ou maisons américaines, qui constituent un patrimoine du provisoire devenu permanent !
L’histoire de l’architecture d’urgence est liée à la Première Guerre mondiale ( remplacement des fragiles tentes de soldats par des refuges mobiles plus costauds). Deux modèles s’imposent et portent les noms de leurs concepteurs : en France, la baraque Adrian en bois et la hutte Nissen en demi-cylindre de tôle des Anglais. Ces modèles, réutilisés par les troupes pendant la Seconde Guerre mondiale, hébergeront ensuite de nombreux sinistrés après un réaménagement rapide.
Comme l
a priorité est donnée aux projets de reconstruction définitive, cela a pour conséquence de sous-estimer les moyens à accorder au provisoire. Les préfets et les maires se débrouillent avec des baraques qui arrivent au compte-gouttes. La situation devient vite intolérable, le gouvernement tenu pour responsable se résigne à importer à prix fort ; son choix se porte sur les États-Unis avec leurs préfabriqués en papier compressé et sur les pays traditionnellement liés à la construction de chalets (Suède, Finlande, Canada, Suisse). Les baraques – de qualité très variable – sont attribuées après une véritable sélection.


Plusieurs livres en témoignent (voir les livres de Jean-Charles LANGLOIS à la page « Bibliographie »,
la vie en cité provisoire marque toute une génération. S’il y a eu pendant longtemps que le récit officiel de la reconstruction, cela a maintenant changé. Les témoignages sur les cités s’accumulent. Tous démontrent un attachement peu commun à ce mode de vie. Enfants ou adolescents à cette époque, les témoins relatent un quotidien difficile marqué toutefois par une grande solidarité.

havrais reconst

Alors, les Havrais rebâtirent leur ville, tome 1, 1951

Bernard Esdrass-Gosse, journaliste havrais qui s’est consacré à défendre la Reconstruction de la Ville par Auguste Perret. Médiateur de l’époque, il est connu pour ses cahiers où il recueille chaque détail de la destruction et de la réédification, une somme qu’il résume dans deux livres. Autant il s’enthousiasme pour Perret, autant il se désole du cafouillage concernant l’habitat provisoire !

– Extrait –

1945 – L’absence de maisons préfabriquées françaises
(…)
L’erreur initiale, d’où découla l’importance de celles qui devaient suivre et dont certaines – celles-ci étant la conséquence de celle-là – ne pouvaient être évitées, ce fut, au lendemain de la libération, l’interdiction ministérielle de réparer ce qui pouvait l’être. Si bien qu’après l’hiver, des centaines d’immeubles ont dû être abattus qui, normalement, à, cette époque auraient dû être réhabilités. L’erreur fut totale en ce sens que non seulement on ne répara pas ces immeubles mais que, à part les briques, les matériaux utilisables tirés des décombres, ne furent pas récupérés en vue de la reconstruction, provisoire ou définitive, mais vendus comme bois de chauffage. Et l’on put voir cette chose navrante : des prisonniers de guerre [p.51] allemands ou des administrations débitant de superbes pièces de bois de charpente pour leur chauffage de l’hiver, des portes, fenêtres, parquets, livrés au feu des tuiles, des ardoises servant â remblayer. Tous matériaux devant faire gravement défaut par la suite. Conséquence de cette imprévoyance, la construction provisoire de maisons en briques récupérées n’était guère évitable bien qu’elle constituât elle aussi une erreur.

En l’absence de tout plan, elles ont été édifiées la où l’on croyait qu’elles constitueraient la moindre gêne pour la reconstruction, ce qui, dans nombre de cas, ne fut pas la réalité. Pour obvier à la pénurie de ciment et utiliser au mieux les maigres attributions, le liant normal a été remplacé par un mélange à base d’argile, d’une durée très limitée, d’autant plus que .le sable utilisé fut du sable de mer, qui ne sèche pour ainsi dire jamais. D’où des constructions froides, humides, inconfortables et dont L’achèvement fut souvent arrêté par manque de bois de charpente et de menuiserie – ce bois récupéré si inconsidérément détruit. De plus, c’est la plus mauvaise opération qui pouvait se faire. Un placement à fond perdu, très onéreux, dont on ne pourra pour ainsi dire rien récupérer lorsqu’elles seront devenues inutiles. Mais, il faut bien le répéter, c’était là une erreur inévitable, consciente pourrait-on dire. En l’absence de tout envoi de baraquements, de toute réparation d’immeubles destinés à la population sinistrée, il fallait bien tenter quelque chose.

La maison provisoire idéale, si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est la maison de bois – pas le baraquement, la maison parce qu’elle seule présente des qualités de confort: et petit être utilisée à d’autres fins par la suite. Mais là aussi une erreur a été commise, qui provient peut-être de cette [p.52] funeste tendance qu’ont les Français à admirer tout ce qui vient de l’étranger. Les maisons préfabriquées américaines qui ont été attribuées au Havre en sont un exemple typique. Peut-être conviendraient-t ’elles au climat californien ou ã celui de la Côte d’Azur mais, édifiées dans un pays à climat humide comme le nôtre, elles font montre de qualités pour le moins curieuses. Gonflées par l’eau, leurs parois de gyprock doublent, et même triplent, d’épaisseur, et naturellement, perdent leur consistance première en s’acheminant vers un état voisin de la pourriture. Ces constatations, d’autres ont dû d’ailleurs les faire avant les Havrais puisque ces maisons nous sont arrivées après un séjour en Angleterre d’où, gentiment, les Anglais nous les ont cédées. Et chacun sait que les Anglais ont eux aussi un urgent besoin de maisons provisoires.

Par contre. les maisons suédoises et canadiennes répondent fort bien à ce que l’on attend d’elles. Les françaises aussi d’ailleurs, mais on n’en voit peu, disons même qu’on n’utilise pas toutes les possibilités de la production. Témoin ce constructeur qui présente un modèle conçu de telle façon que tout, charpente et aménagements intérieurs, est démontable, sans dépradations, pouvant convenir indifféremment à un commerce ou à un logement, et qui n’a pu obtenir lu moindre commande bien que son prix de revient soit inférieur aux baraques d’origine étrangère, et qu’il ne demande aucune attributions de matière première pour une production annuelle de mille baraquements.

Le plan d’urbanisme Brunau ayant été approuvé, après quelques modifications sur le projet initial, par le Conseil Municipal, réuni le 28 février 1946, fut ensuite « révélé ›› aux personnalités havraises trois jours après. [p.53] Devant une assemblée représentant les diverses activités de la ville, administrations, sociétés, groupements et corps constitués, « l’assemblée des notables » ainsi que l’appelle M. Pierre Voisin, maire, fut donc présenté le fameux plan d’urbanisme Brunau, tel qu’il a été pris en considération par M. Billoux, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, après quelques modifications apportées par M. Marrast, inspecteur général de l’Urbanisme. En l’absence de ce dernier, retardé dans son voyage par le mauvais temps, M. Pierre Voisin rappela brièvement la suite des événements qui se sont produits depuis le 24 octobre dernier, date à laquelle l’Assemblée communale s’était prononcée pour l’adoption du plan Brunau, à condition que soit reconsidérée la partie concernant le Sud du boulevard Foch et du boulevard de Strasbourg.

M. Auguste Perret avait alors fait connaître ses vues qui se traduisaient surtout par le fameux projet de surélévation et, prétendant que le plan Brunau ne lui permettrait pas la réalisation de ses ensembles architecturaux, avait demandé des modifications profondes. Après diverses interventions, rendues plus difficiles par la menace de M. Dautry de mettre au ralenti la reconstruction du Havre s’il n’était pas souscrit à certaines exigences, M. Pierre Voisin obtint que la partie non réservée du plan soit prise en considération.
Puis ce fut le départ de M. Dautry et une entrevue avec M. Billoux le nouveau ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, qui, faisant siennes les conclusions des techniciens sur le projet de surélévation – lequel eut nécessité une dépense supplémentaire de deux milliards et trente mille tonnes de ciment – décida son abandon et donna son accord pour l’adoption du plan Brunau, tout et autant que des modifications de détail seraient apportées pour…

1946 – question des camps américains, maisons suédoises

… Après avoir manifesté le plaisir que cause à la population tout entière la visite du ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, et l’en remerciant, M. Pierre Voisin fit un bref exposé de la situation critique du problème du relogement. Il dit notamment les déboires procurés par l’utilisation des maisons préfabriquées américaines, qui ne correspondent pas aux conditions spéciales d’habitat imposées par notre climat, avant de présenter trois solutions qu’il préconise pour amener un soulagement des misères endurées par une population qui a déjà prouvé sa ténacité, son endurance, mais semble être allée à l’extrême limite des sacrifices.

D’abord, l’acquisition par l’Etat du camp Philip-Morris et du camp boulevard François-Ier pouvant, à eux deux, loger quinze mille personnes. Ensuite l’implantation de maisons préfabriquées du type suédois, afin de pousser la reconstruction définitive.

M. Pierre Voisin demande également l’attribution de rations supplémentaires en viande et en charbon, absolument nécessaires pour que la population sinistrée puisse participer d’efficace façon à la renaissance de notre ville qui doit s’opérer à la même cadence que celle du port.

Le maire souligne encore .la nécessité de la décentralisation entreprise par M. François Billoux et souhaite qu’elle se poursuive jusqu’à l’échelon de l’arrondissement, car nous ne vivons pas ici au même rythme que Rouen et souffrons par trop des lenteurs administratives à l’échelon départemental. [p.63] D’autre part, la répartition des matériaux attribués n’est pas logique, qui prévoit 2/5 pour Rouen, 2/5 pour Le Havre et 1/5 pour Dieppe et Neufchâtel. Le Havre, plus fortement sinistré dans sa ville et dans son port, peut prétendre à cinquante pour cent de ces attributions, l’autre moitié allant à Rouen et au reste du département. Par ailleurs, la reconstruction officielle ne peut disposer de matériaux qui existent en stock, mais qu’on ne distribue pas. Les règlements aux entrepreneurs sont longs et actuellement la construction est virtuellement arrêtée faute de ciment. Mille tonnes par mois seraient nécessaires. Cinq cents sont attribuées mais, en réalité deux cents seulement sont perçues.

En terminant, M. Pierre Voisin exprime à M. François Billoux les remerciements de toute une population pour son action énergique qui a abouti à l’acceptation du plan d’urbanisme, et rend hommage à la qualité des efforts cle MM. Marrast, Brunau et Auguste Perret. M. François Billoux remercie alors M. Pierre Voisin de ses cordiales paroles d’accueil et d’avoir posé un certain nombre de questions qui peuvent servir de base à la séance de travail qui doit suivre. Malgré qu’il soit partisan d’une reconstruction définitive accélérée, le ministre croit utile de prévoir encore du provisoire. Le mieux serait d’utiliser ce qui existe, les camps américains par exemple. La seule question qui se pose est de savoir si ces camps sont utilisables par la population sans grands travaux. Cette réserve faite, M. François Billoux se déclare en principe d’accord pour adopter cette solution si la municipalité ne doit pas y trouver de difficultés nouvelles.

1946 – baraques internationales (Amérique, Suède, Finlande)

A eux s’étaient joints MM. Auguste Perret, architecte en chef de la reconstruction du Havre ; Jean Mairey, préfet de la Seine-lnférieure ; Labbé, délégué départemental du M.R.U. à Rouen. Ce fut réellement une journée d’études et de travail au cours de laquelle des décisions furent prises, dont on ne saurait se dissimuler l’importance. On était loin, évidemment, d’obtenir une satisfaction totale à tous les besoins et à tous les désirs, mais cette journée n’en restera pas moins une journée marquante dans l’histoire de la reconstruction du Havre parce que ce fut la première fois qu’après un exposé de chaque question urgente des engagements formels furent pris pour des dates précises. Après une visite des chantiers, la délégation s’était entretenue, au cours de différentes réunions, avec les représentants qualifiés des services locaux de la reconstruction, avec les techniciens, les délégués des différents groupements et organismes intéressés à une reconstruction rapide du Havre puis – à huis clos – en avait délibéré.

Si importants et si poussés furent ces travaux que l’horaire du tableau de travail fut quelque peu bousculé et qu’il fallut se résoudre à tenir la conférence de presse, prévue pour 18 h. 30, avec la séance qui, devant débuter à 18 heures, commença en fait deux heures plus tard dans la Salle des Mariages de la mairie provisoire. En présence de MM. Pierre Voisin_ maire ; Pierre Courant et Siefridt, députés ; Roger Séverie, sous-préfet; Roger Meunier, président de la Chambre de Commerce et du Port Autonome ; Pierre Callet, directeur du Port [p.85] Autonome, des représentants des différentes activités havraises, comités de défense (les quartiers sinistrés et techniciens de la reconstruction, et sous la présidence de Nl. Jean Mairey, préfet de la Seine-inférieure, les membres de la commission d’étude firent connaître les décisions prises.

Première mesure importante : La commission a décidé de doter les services locaux Je la plus large autonomie passible et d’accorder au Havre une priorité absolue pour les matériaux sur l’ensemble de la France. Et dès maintenant, sur les terrains où doivent s’élever les l.S.A.I., les travaux de battage et de forage vont commencer pour permettre la mise en route, au début de septembre des travaux de fondation. En ce qui concerne le logement provisoire, trois citées sont actuellement en cours d’achèvement. La Hêtraie d’abord, constituée par des maisons préfabriquées américaines. Celles-ci sont montées et il ne reste qu’à les relier à un égout qui devra être construit, et à amener le gaz. Les tuyaux nécessaires à ces canalisations étant difficiles à trouver, les services ministériels vont donc rechercher les usines ayant reçu des commandes de tuyaux de cette sorte et feront annuler leur destination première pour les attribuer au Havre. Ces maisons doivent être mises à la disposition des sinistrés le l5 octobre.

Ensuite Aplemont. Maisons préfabriquées américaines également, mais moins avancées qu’à La Hêtraie. Peinture et vitrerie font défaut, alors qu’elles figuraient dans les commandes passées aux Américains.
Elles seront disponibles pour le premier novembre. A ce moment, elles n’auront pas reçu tous les aménagements mais seront habitables. [p.86] Enfin la cité définitive d’Aplemont. Le ministre est D’accord pour que les maisons suédoises, construites ou a construire, soient considérées comme définitives. Vingt-sept logements restent à bâtir. Ils seront édifies sur caves et dotes d’un cellier. Reste à résoudre le problème des parcelles et des piquetages. Les travaux commenceront le l2 août. Dès maintenant, le Service du Logement est autorisé à procéder à des pré-attributions.Deux constructions définitives commencées ont été  interrompues et les chantiers abandonnés, leur coût était trop cher pour permettre un loyer normal. La responsabilité de l’architecte est engagée et un délai de quinze jours à été imparti pour présenter un projet acceptable par l’administration. Enfin l’implantation de soixante maisons est également prévue à Aplemont. Dès que seront passés les marchés, les travaux commenceront.

D’autre part cent soixante-dix baraques ont été attribuées au Havre en supplément du contingent tout d’abord prévu. Elles se répartiront ainsi : aux Neiges, 90 baraques à la disposition de la délégation locale sous quinze jours. Plus 30 autres dont l’arrivée est imminente. Ces 120 baraques seront édifiées et mises à la disposition du Service du Logement pour le 1er décembre. Cinquante maisons finlandaises – les Premières reçues en France – seront mises à la disposition dès leur dès leur réception et il sera possible d’atteindre rapidement le chiffre de deux cents baraques supplémentaires

Un problème grave se présente également : il est urgent de remplacer par des couvertures définitives le carton bitumé [p.87] couvrant les maisons sinistrées et les constructions provisoires. Les contingents de matériaux nécessaires seront passés au Havre en priorité.

Quant à l’aménagement du camp américain Herbert-Tareyton, il présente des difficultés. Un premier appel d’offres a donné des résultats inadmissibles et les entrepreneurs soumissionnaires devront revenir devant l’administration. Sur les quatre lots dont il est divisé, un seul est adjugé et les travaux sont commencés. Les trois autres le seront prochainement. Engagement est pris de livrer le camp Herberl Tareyton le premier décembre aux sinistrés. Pour le camp François-ler, c’était surtout une question de crédits. Le principe des travaux a été décidé, cette question crédits ayant été résolue; mais le camp est encore en possession des Américains et on ne sait quand il sera livré. Chaussée Thiers, les travaux de la Cité Commerciale sont très avancés et les entrepreneurs s’emploient activement à terminer les aménagements intérieurs et à clore les boutiques. La première moitié sera disponible le l5 aout et la seconde à la fin du même mois.

Le plan d’urbanisme a été « pris en considération » il y a deux mois, ce qui permet de déclarer d’utilité et d’urgence certains travaux de voirie et de commencer le tiers des travaux prévus pour 1946. S’il n’a pas encore été soumis à l’enquête d’utilité publique, c’est qu’il était désirable que la copie du plan qui sera communiquée soit exacte, ce qui a nécessite un travail assez long. La dernière feuille du plan est parvenue au Havre il y la quelques jours et le tout sera remis à l’enquête au début du mois d’août.

1946 – La qualité des baraques

…Et de ces solutions, M. Lefebvre, président du Comité de défense des intérêts généraux et des sinistrés de Graville, en propose, en abordant le nœud du problème à dénouer en ce qui concerne les différentes étapes de la reconstruction future de ce quartier. La crise financière, où se débat notre pays menace d’être fort longue, constate-t’il d’abord, et la situation des sinistrés est de plus en plus critique.

La pénurie de logements va croissant, les habitants reviennent à une cadence accrue, car le manque de travail dans les départements d’accueil les oblige le plus souvent à retourner dans leur ville où ils ont l’espoir de vivre mieux et plus facilement. Ces causes de retour sont d’ailleurs multiples : le mal du pays, le travail, la suppression des allocations aux réfugiés, l’espoir de reconstituer un foyer qu’ils n’ont pu recréer ailleurs, la vie de famille beaucoup plus économique aussi, qui fait que beaucoup de femmes avec leurs enfants sont venues rejoindre le père qui, par son travail au Havre. assure le pain quotidien. Il ne serait d’ailleurs pas humain de fermer les portes de notre ville à ses propres enfants. Il y a au contraire intérêt à reconstituer sa force économique par le regroupement des habitants. Et puis, il y a aussi les travailleurs étrangers à la ville. C’est un fait indéniable que la crise du logement s’est accrue par suite de l’arrivée de nombreux ouvriers venus travailler à la reconstruction du Havre. Mais là, encore, nous ne pouvons empêcher ceux qui viennent nous aider à relever [p.117] nos ruines de demeurer dans nos murs, car nous avons besoin de bras et l’ouvrier d’élite ne se sépare jamais de sa compagne. Chacun sait que le Français n’est pas volontiers migrateur : pour avoir de bons ouvriers, il faut des logements sains et confortables. C’est à cette condition que nous pourrons disposer de main-d’œuvre hautement qualifiée. Depuis deux ans, de gros efforts ont été faits dans le quartier de Graville-Centre mais qui n’ont apporté qu’un soulagement passager, car les constructions qui ont été édifiées ne sont que des constructions provisoires vouées à une destruction assez rapide, surtout si l’on considère que leur prix de revient fait leur amortissement irréalisable, leur entretien coûtant plus cher que le montant de leur valeur locative.

Les constructions provisoires en briques hourdées à l’argile, qui sont humides, ne dépasseront pas dix à douze ans dans nombre de cas. Beaucoup moins, suivant leur exposition ou la nature du terrain sur lequel elles sont implantées. De plus, elles occupent une place considérable pour le logement qu’elles donnent.
Les maisons de plâtre, qui sont très humides et insalubres, doivent être abattues dans un délai assez rapproché. Elles constituent un danger public, tant pour le locataire que pour l’employé qui y travaille lorsqu’elles sont à usage de bureau.

Les constructions américaines sont d’une assez bonne condition, mais d’une solidité relativement faible, Leur montage nécessite de gros frais et leur entretien sera très coûteux, ces constructions n’étant pas conçues pour nos régions humides. De plus, leur prix d’achat est assez élevé er nécessite des devises étrangères.
Restent les constructions provisoires en bois. Plusieurs types ont été édifiés et de beaucoup la suédoise est la meilleure, lorsqu’elle a été montée avec soin, ce qui n’est pas toujours le cas ; le montage de ces baraquements ayant [p.118] été confiés à des entrepreneurs qui n’étaient pas toujours qualifiés pour exécuter un travail demandant beaucoup de précautions. D’autre part, la lenteur d’exécution des travaux en a compromis la solidité, les bois se sont échauffés et il est possible qu’ils pourrissent avant les délais prévus. Le prix d’achat de ces maisons préfabriquées est également élevé et exige des devises étrangères.

Le type « finlandaise » encore peu connu, une seule maison ayant été montée comme échantillon, donne à peu près tous les avantages d’une maison ordinaire d’une surface de soixante-douze mètres carrés. Mais son prix est très élevé et doit aussi être réglé en devises étrangères. Avec la même somme on aurait pu construire en dur avec des matériaux français, une surface de plancher égale à la sienne.

[baraques françaises] Pour tous les autres types de baraquements en bois, il y a beaucoup à dire. En général, ils sont faits avec des bois de mauvaise qualité, en sapin ou en pin des Landes pour la plus grande partie, c’est-à-dire en bois qui a été sucé de toute sa résine, ce qui compromet sa conservation. Il n’est à remplacer. De plus, le bois de ces baraques est très léger et l’épaisseur des cloisons de deux parties pleines, de dix, à douze millimètres, maintenues _à un écartement par un chevron de 4/4 ou une planche de six à huit centimètres en vingt-deux millimètres, fait en bois vert et mal joint. La toiture, les plafonds et les parquets ne sont pas doublés et il a fallu pour assurer un isolement thermique contestable, les doubler, entièrement avec des matériaux de cloisonnement coûtant très cher – gyprock, amiante compressée faisant à peu près défaut en France, qui n’en produit que 20 % de ses besoins, le reste, ou les matières les composant, devant être acheté à l’étranger.

1949 – Du provisoire qui coûte cher…

Certainement, la situation au lendemain de la Libération était on ne peut plus critique et il fallait y remédier au plus vite en constituant du provisoire avec les matériaux qui étaient sur place, et surtout avec ceux récupérés. Mais maintenant ? Mais aujourd’hui ?

Depuis deux ans, on a édifié du provisoire qui coûte cher, a pris une place considérable et menace de gêner le remembrement et l’application du plan d’urbanisme, sans pour cela apporter un soulagement notable, comparativement aux sommes formidables qui ont été dépensées. La crise du logement ne sera pas résolue avant vingt ans, si tout va bien. Donc, il faut passer du provisoire au transitoire, c’est à-dire que si l’on ne peut aborder partout le définitif, faire encore du provisoire mais mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, et, en employant des matériaux français, faire du solide qui ne demandera pas d’entretien onéreux ct pourra être amorti par sa valeur locative.

Il faut penser que les propriétaires fonciers qui avaient des locataires, ne pourront pas reconstruire avant que leurs dommages de guerre leur soient intégralement réglés, à moins que des crédits leur soient ouverts jusqu’à la reconstruction complète de leur immeuble. Avec la législation actuelle – loi d’octobre 1946 – il est prévu le remboursement intégral des dommages jusqu’à deux millions avec une ouverture de crédits de 60% du montant des dommages à l’époque de la reconstruction du sinistre mis en cause. Le reste, par la suite, à une date non déterminée et selon les possibilités financières. Il est donc à prévoir que de nombreux petits propriétaires ne pourront pas faire l’avance des fonds nécessaires à l’achèvement de leur immeuble.
Pour le propriétaire qui avait des locataires et un ou plusieurs immeubles d’une valeur supérieure à deux millions,…

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Illustration Maurice R. MELISSENT

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Quartier de Bléville

 

Image2Courrier de 1949 (Archives Municipales du Havre)

Image1Brochure de 1949 (Archives Municipales du Havre)

RELOGEZ LES HAVRAIS SINISTRES

Ils ne peuvent plus attendre

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Le Havre, ville la plus sinistrée du département de la Seine-Inférieure, Le Havre ville martyre devait, après ses mutilations et ses deuils, connaître en matière de logement une situation dramatique.

12.000 maisons détruites,  85.000 personnes  privées de tout abri : tel était le bilan au lendemain de la Libération.

Cinq années depuis se sont écoulées.

Qu’ont-elles apporté aux sans-logis havrais ?

Un nouveau bilan examiné au seuil de l’hiver 1949/50 permet de mesurer le court chemin parcouru ; les réalisations pratiques se sont hélas révélées insuffisantes puisque 11.500 familles, représentant plus de 35.000 personnes rentrées au Havre, restent inscrites auprès des Services Municipaux, dans l’attente problématique d’un logement décent.

Il apparaît ainsi que les différents systèmes mis en œuvre pour assurer le relogement momentané des sinistrés jusqu’à la réalisation de la construction définitive, n’ont pas été envisagés en fonction de l’ampleur des destructions : la réparation d’office des immeubles partiellement détruits n’a permis de reclasser qu’un petit nombre de familles : l’implantation de constructions provisoires et l’utilisation des anciens camps américains ne représentent d’autre part qu’un total de 18.000 sinistrés relogés.

Malgré l’insuffisance de ces moyens, la construction des logements provisoires a été définitivement arrêtée depuis l’année 1947.

Certes, des efforts indéniables ont été accomplis en faveur de la reconstruction mais, au Havre, le problème se présentait sous une telle complexité puisqu’en fait, il s’agissait non seulement de bâtir des maisons, mais aussi de « refaire la ville », que les travaux engagés ne porteront leurs premiers fruits que dans les derniers mois de l’année 1950 et plus vraisemblablement à partir de l’année 1951 seulement.

Qu’elles seront donc jusqu’à cette époque les conditions de vie des 35.000 Havrais rentrés et non-relogés et des 25 à 30.000 qui réclament leur rapatriement ? …

D’innombrables enquêtes effectués tant par les Services de l’Administration que par des organismes sociaux ont mis à jour une immense infortune :

  • familles nombreuses entassées dans les réduits les plus précaires et les plus insalubres : buanderies, cabanes de jardin, greniers sans feu, taudis, maisons en ruines, immeubles dangereux, blockhaus, etc ., etc.
  • Enfants et malades végétant dans des locaux privés d’aération.

A ces dangers pour la vie humaine s’ajoutent encore du point de vue de la morale, ceux résultant pour l’enfance de promiscuités inévitables.

Et à cette pénible énumération ne convient-il pas d’ajouter aussi la situation dramatique de la plupart des jeunes ménages auxquels, en refusant toute priorité de relogement, on interdit l’épanouissement d’une vie familiale normale ? Situation paradoxale qui, malgré son importance, semble avoir échappé aux Pouvoirs Publics et dont les conséquences, telles qu’on peut chaque jour les constater, ne manqueront pas d’avoir sur la vie sociale de notre Pays les incidences les plus regrettables : divorces, abandons de foyers, malthusianisme, etc …

La prolongation d’un tel état de choses constituerait l’atteinte la plus dangereuse à la condition humaine.

Devant l’aggravation d’une situation depuis longtemps critique, devant l’impatience légitime de ceux qui souffrent profondément, il importe que des mesures efficaces soient appliquéess sans retard.

C’est pourquoi, au seuil du sixième hiver depuis la Libération, le Comité Consultatif du Logement de la Ville du Havre a le devoir, pour fixer les responsabilités, de faire connaître aux Pouvoirs Publics et aux élus, la douloureuse situation d’un certain nombre de familles obligées de vivre dans des conditions honteuses et auxquelles il lui est impossible d’assurer un logement décent.

Les situations publiées ci-après ont été extraites des dossiers de plus de 11.500 familles qui n’ont pu, à ce jour, être relogées : nous pourrions encore en citer des centaines d’autres dont la situation est aussi tragique.

Le Comité Consultatif du Logement de la Ville du Havre se devait d’éclairer l’opinion. Elle espère que son appel sera entendu des Pouvoirs responsables et qu’une solution d’urgence viendra apporter un terme à la détresse d’une population qui a su, depuis neuf années, montrer au prix de ses souffrances, son profond attachement et son entière fidélité à sa Ville et à son Pays.

Il ne nous appartient pas de proposer des solutions. Il faut que la France les trouve, même si elle doit abandonner certains travaux fastueux.

LE COMITE CONSULTATIF DU LOGEMENT DU HAVRE

⇒ A la suite de ce texte, suit une énumération de noms de familles et de leur situation d’extrême urgence en matière de relogement.

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Lettre du 12 septembre 1949, du directeur de la S.H.L.E. au Député-Maire de la ville du Havre (Archives Municipales du Havre)

 

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Brochure de la section havraise du Parti Communiste Français, 1947 -Extrait-

LE PROBLEME LE PLUS ANGOISSANT AU HAVRE

Le Relogement

Paré au plus pressé

Construire à tout prix

Faire le plus rapidement le plus de logements

          possible avec les matériaux qu’on a et le

          moins cher possible.

 

LA SITUATION A LA LIBERATION.

A la Libération, après les bombardements meurtriers qui marquèrent la semaine tragique. Le Havre n’était plus qu’un vaste champ de ruines accumulées.

L’immensité du désastre apparaît dans les chiffres ci-dessous :

Immeubles détruits en totalité ou en partie : 26.056.

Pourcentage de destructions : 51 %

Evaluation de la destruction : 85 milliards de francs.

LES PROJETS DU FRONT NATIONAL*.

Devant l’ampleur des dévastations et la nécessité de reloger hâtivement les sinistrés. Le Front National propose alors de construire des maisons provisoires en utilisant les décombres.

Non seulement le projet du Front National ne fut pas retenu mais on commença même à remblayer avec des matériaux utilisables le bassin de la Barre !

Et il fallut la vigoureuse campagne du Front National, appuyé par l‘Avenir du Havre, pour arrêter le développement de ce scandale.

 

LA LAMENTABLE GESTION DE DAUTRY, MINISTRE DE LA DESTRUCTION ET DU GASPILLAGE

Malheureusement, la présence du « technicien » Dautry, nommé par De Gaulle au ministère de la Reconstruction, devait bientôt accroître l’étendue du désastre qui avait déferlé sur la ville.

Au lieu de mettre hors d’eau toutes les maisons réparables, ainsi que n’avaient cessé de le réclamer les Elus Communistes, Dautry se prépara à réaliser son projet de destruction totale. « Tout abattre pour reconstruire sur nos ruines le Chicago de ses rêves », telle était la formule du « technicien ». Des centaines de logements qui auraient pu être réparés et servir de relogement aux sinistrés ont ainsi été condamnés. On livra même des stocks de belles briques, utilisables pour la reconstruction, aux Ponts et Chaussées pour l’empierrement des routes !

Ce fut la période la plus invraisemblable des gabegies que dénonça alors avec vigueur l’Avenir du Havre.

Chacun connaît le scandale du déblaiement. Certains entrepreneurs ont profité du manque total de surveillance pour voler des dizaines de millions à l’Etat.

En même temps qu’il sacrifiait des immeubles qui auraient pu être sauvés, Dautry faisait procéder à des expériences catastrophiques. C’est ainsi que les maisons tout plâtre de la Bourse, les trop fameuses « Stafeld », étaient couchées par la tempête alors même que la construction n’était pas achevée. Et pendant qu’on gaspillait ainsi le plâtre, les malheureux sinistrés ne pouvaient s’en procurer le moindre sac pour refaire leur maison.

On peut chiffrer à plus de 2 milliards de francs les conséquences de la gestion de Dautry pour la ville du Havre (déblaiement, maisons détruites et maisons inutilisables).

Fort heureusement l’oeuvre néfaste du « technicien » devait cesser avec l’arrivée au ministère de la Reconstruction de François Billoux au début de janvier 1945.

L’OEUVRE DE FRANCOIS BILLOUX.

« REPARER TOUT CE QUI EST REPARABLE »

« RECONSTRUIRE SUR NOS DECOMBRES AVEC NOS DECOMBRES« , déclara aussitôt le Ministre Communiste, qui donna ordre de réparer immédiatement tout ce qui était réparable. Ce mesures furent immédiatement mises en application. C’est ainsi qu’on peut évaluer, au Havre, à 200 le nombre d’immeubles ainsi réparés et qui auraient été détruits sans l’intervention du Ministre Communiste

Ainsi, grâce à l’impulsion donnée par François Billoux, qui a trouvé auprès des Comités de Sinistrés d’ardents défenseurs des intérêts des habitants des quartiers endommagés, des réalisations immédiates ont pu être obtenues.

Et ainsi a pu se poursuivre, grâce à cette collaboration étroite entre les ministres communistes François Billoux et Charles Tillon et l’Association des Comités de défense, une action opiniâtre tant du point de vue de reloger provisoirement les sinistrés que de commencer la reconstruction définitive de la ville.

Billoux et Tillon commencèrent à engager la lutte contre les voleurs. C’est ainsi que sur un marché de 595 millions, 50 millions furent remboursés par les entrepreneurs à Orléans ; 170 millions sur 565 dans la Charente-Maritime.

C’est grâce à Billoux que les commissions de reconstruction furent créées dans chaque département, qui comprennent des représentants de sinistrés, des ouvriers du bâtiment, des entrepreneurs. Elles répartissent crédits et matériaux.

En 15 mois, les Ministres Communistes ont payés 45 milliards aux sinistrés. C’est-à-dire 4 fois plus que Dautry en 17 mois.

600 MILLIONS POUR LA RECONSTRUCTION DU HAVRE

En 1947, grâce aux efforts de Charles Tillon, qui se fit l’interprète au sein du gouvernement des revendications des sinistrés groupés dans l’Association des Comités de Défense, 600 millions furent alloués pour la reconstruction du Havre.

A SUIVRE !

NOTES DU SITE :

* Le Front national, ou Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, est un mouvement de la Résistance intérieure française créé par le Parti communiste français (PCF) vers mai 1941 pour irriguer les différentes composantes de la société française dans un esprit d’ouverture vis-à-vis des non-communistes. Il ne se développa véritablement qu’à partir de la fin 1942 sous l’impulsion de Pierre Villon qui fut le représentant du mouvement au sein du Conseil national de la Résistance (CNR).

Raoul DAUTRY :  À la Libération, il est nommé ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme dans le Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) du général de Gaulle du  au . C’est à cette occasion qu’il demande à Auguste Perret de reconstruire la ville du Havre. Par la suite, il devient administrateur général du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). C’est lui qui choisit le site du centre CEA de Saclay dont Auguste Perret construit les bâtiments.

François BILLOUX : Membre du Parti communiste français, il a été député des Bouches-du-Rhône et ministre de la Santé publique, puis de l’Économie nationale, puis de la Reconstruction et de l’Urbanisme, et de la Défense nationale.

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Brochure de la section havraise du Parti Communiste Français, avril 1953

-Extrait-

La crise du logement s’aggrave.

On construit pour les riches

De tous les problèmes qui préoccupent les Havrais, le plus important, le plus crucial, est certainement celui du logement.

Des dizaines de milliers de Havrais logent encore chez des amis, des parents, ou dans des « meublés » qu’ils louent parfois 5, 6, 7.000 frs par mois, au fond de cours où le soleil ne pénètre moins souvent que le médecin. De jeunes ménages passent en d’épuisantes recherches un temps considérable pour finalement échouer dans une chambre où ils paient un loyer plusieurs fois supérieur à celui d’un appartement normal.

Et pourtant depuis 5 années, en ont-ils lancé de ces plans qui sont restés à l’état de maquettes, en ont-ils claironné de ces chiffres ronflants nos Queuille, Pleven, Bidault, re-Cueuille et re-Pleven et Pinay ! « Je vais construire  240.000 logements par an », affirmait Courant.

Il y a quelques jours inaugurait à grand concours de fanfares … 3 maisons à la Hétraie. Vous saviez sans doute que Courant était un maître incontesté en battage électoral, mais cette fois on peut dire qu’il s’est surpassé : rien n’avait été oublié, grands placards publicitaires dans « Le Havre » et « Le Havre-Libre« , vins d’honneur.

Invitations à toute la presse parisienne. Et pour mettre ces messieurs dans une fraternelle ambiance, gueuleton fastueux au « Normandie », payé par les sinistrés havrais qui, depuis huit ans, attendent un toit.

– Et allez-y, messieurs, lancez-moi cette affaire !*

Nos journalistes-larbins, lançaient le lendemain à toute la France les phrases comme celles-ci que nous reproduisons TEXTUELLEMENT :

« Courant lance la 2 C.V. du bâtiment. Dans la ville de M. Courant, une journée suffit à construire un logement ! Que faut-il pour construire une maison Courant ?

Un hall, une grue, par terre quelques blocs de ciment, quelques hommes : ouvriers, jeunes recalés du baccalauréat. Un enfant en ferait autant. 50.000 logements sur 60.000 ont déjà été reconstruits au Havre, 8.000 sont actuellement en chantier« . Peut-on berner avec plus de cynisme les sans-logis et les mal logés ?

La minuscule maison de la Hétraie, aux murs de 15 centimètres d’épaisseur, coûtera 1 million 350.000 pour 3 pièces.

Pas de cave, pas de peinture. Ajoutez encore 100.000 frs de terrain, la viabilité à 700 frs le m2, les frais divers, et vous pourrez être propriétaire de ce que Courant appelle avec son fier culot « la maison pour tout le monde ».

Quel est l’ouvrier au salaire de 20, 25 ou 30.000 par mois qui, même en se privant sur tout pourra consentir un tel sacrifice ?

Le Plan Courant est donc un extraordinaire bluff à quelques jours des élections.

LA VERITE SUR LA RECONSTRUCTION DU HAVRE LA VOICI

EN CHIFFRES OFFICIELS FOURNIS PAR LE M.R.U.

Nombre de bâtiments détruits au Havre …………………………… 5.600

Immeuble de rapports ……………………………………………………….. 3.500

Pavillons individuels ……………………………………………………………. 100

                                                                Total …………………………. 9200

Ces bâtiments représentaient approximativement 25.000 logements

Au 31 décembre 1952, il y avait environ 3.800 LOGEMENTS TERMINES.

Lisez encore ces deux chiffres : sur 2 milliards 600 millions accordés en 1952 sur les fonds budgétaires pour la reconstruction de logements au Havre, 1 milliards 600 millions ont été accordés au Centre-Ville, au Boulevard Foch.

A la vérité, il y a bien eu un Plan Courant, il y a bien une politique de relogement Courant. C’est une politique de classe : on a construit à coups de milliards le Centre-Ville, les appartements luxueux de 3, 4, 5 millions, les banques du Boulevard Foch, et des milliers de Havrais habitent encore les baraques de la Cité Chauvin, du camp Philip Moriss, de la Cité de La Liberté, ou à Montgeon.

Et pourtant la France a tout ce qu’il faut pour construire : une main-d’oeuvre qualifiée, des techniciens avertis, un sol qui fournit en abondance des matériaux de construction.

La France a tout ce qu’il faut pour construire, mais des centaines d’ouvriers du bâtiment sont en chômage au Havre.

Le gouvernement Courant dépense le logement des havrais en accumulant les ruines en Indo-Chine.

Les dépenses occasionnées par la guerre du Viet-Nam auraient permis de construire 800.000 logements. Tous les havrais auraient un toit aujourd’hui.

Tant qu’on mettra le béton sur les champs de blé de St-Valéry où l’on construit actuellement un immense aérodrome militaire, le béton ne pourra pas servir à construire des maisons pour les Havrais. Cela paraît évident à tout le monde.

Mais M. John Foster Dulles commande chez nous, en France : « Des canons d’abord ! » et Courant a gardé depuis l’occupation l’habitude d’obéir aux maîtres du jour.

NOTES DU SITE :

Pierre COURANT :  Maire du Havre de 1941 à 1944 puis de 1947 à 1954. Député de la sixième circonscription de la Seine-Inférieure (aujourd’hui Seine-Maritime) aux deux Assemblées nationales constituantes puis à l’Assemblée nationale comme républicain-indépendant (CNI) de 1946 à 1962.

Henri QUEUILLE : Membre des gouvernements successifs de 1948 à 1954 en tant que Président du conseil ou bien ministre d’État en 1948 (cabinet Marie) et en 1951-1952 (cabinet Pleven), ministre des Travaux publics en 1948 (cabinet Schuman), ministre de l’Intérieur en 1950-1951 (cabinet Pleven puis dans son propre gouvernement), vice-président du Conseil en 1949-1950 (cabinet Bidault) et en 1952-1954 (cabinets Pinay, Mayer, Laniel).

René PLEVEN : Président du Conseil en juillet 1950. Élu député des Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes-d’Armor) dès 1945 et jusqu’en 1969.

Georges BIDAULT :  Il est l’un des fondateurs du Mouvement républicain populaire,  principale force politique chrétienne-démocrate qui ait jamais existé en France. Il en devient président d’honneur en mai 1952. Il est élu député de la Loire en octobre 1945, puis est réélu en juin 1946, novembre 1946, juin 1951 et janvier 1956 jusqu’en décembre 1958. Georges Bidault est élu député de la 6e circonscription de la Loire en novembre 1958 et le restera jusqu’en octobre 1962.

De septembre 1944 à juin 1954, il participe à de nombreux gouvernements, souvent comme ministre des Affaires étrangères. En février 1947 il représente la France pour la signature des traités de paix avec les anciens alliés européens du Reich. Il est par deux fois chef du gouvernement :

  • de juin à décembre 1946 il préside le Gouvernement provisoire de la République française, à la tête d’une coalition « tripartite » (communistes, socialistes SFIO et MRP). Il exerce de fait une fonction équivalente à celle de chef de l’État et occupe également la charge de ministre des Affaires étrangères.
  • d’octobre 1949 à juillet 1950 il est président du Conseil, à la tête d’une coalition « Troisième Force » (socialistes, MRP, et diverses formation du centre-gauche et du centre-droit).

Antoine PINAY : Député de 1946 à 1958, il entre au gouvernement comme secrétaire d’État en 1948, puis ministre en 1950. Président du Conseil des ministres du 8 mars au 23 décembre 1952. Il est candidat à la présidence de la République en 1953. En 1955, il est ministre des Affaires étrangères. Charles de Gaulle, président de la République française, le choisit pour le ministère des Finances en juin 1958.

John Foster DULLES :  il est nommé secrétaire d’État des États-Unis en 1953 par Dwight D. Eisenhower et reste en poste jusqu’en 1959.

 

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